Un album qui commence par une route. Driving This Road Until Death Sets You Free pose d’emblée un battement qui ne lâchera plus rien : on roule, il fait nuit, et quelque chose suit la voiture. En 2008, alors que l’électronique française se rêve en stade sous néons, Étienne Jaumet et Cosmic Neman font l’exact contraire : un disque de peur, joué à deux, sur des machines d’un autre âge.
J’ai toujours eu un faible pour les sons qui sortent des clous. À l’époque, tout y passait : prog rock obscur, kosmische et krautrock allemands, new wave, à peu près ce qui me tombait sous la main. A Land For Renegades réunissait tout ça en un seul disque, comme s’il avait fouillé dans mes étagères.
Les deux se seraient trouvés à une rétrospective Dario Argento, et tout est là. Jaumet, venu du jazz, règne sur ses synthés vintage et son thérémine ; Neman, batteur de Herman Düne, cogne pour de vrai. C’est ce qui change tout. Là où tant de disques de synthés confient le rythme à une boîte, ce motorik-là est joué à la main, et il fait transpirer autant qu’il fait peur.
Pensé comme la bande originale d’un film qui n’existe pas, A Land For Renegades raconte une fuite à travers le désert, une ville fantôme, des hallucinations. On y croit à chaque plan : la transe du morceau-titre, la voix d’outre-tombe de What’s Happening In The City, et surtout ce Nightclubbing d’Iggy Pop, repris comme si Donna Summer et Suicide avaient fini la nuit ensemble dans un sous-sol hanté. C’est le sommet du disque, et l’une des plus belles reprises de l’année.
Quelques années plus tard, le synthé d’horreur deviendra une mode. Ce disque-là n’en savait rien : il a été fait par deux musiciens qui aimaient ces films, à une époque où personne ne le leur demandait. C’est pour ça qu’il n’a pas pris une ride. Parmi les cinquante albums de cette année, c’est celui qui roule le plus vite, le plus loin, sans jamais regarder derrière.