Best of 2008

  1. Pochette de Eight Oh Eight

    Black Devil Disco Club

    Eight Oh Eight

    Lo Recordings

    disco électronique · synthés analogiques · cosmique

  2. Pochette de Cosmic Disco - Cosmic Rock

    Baldelli & Dionigi / Various Artists

    Cosmic Disco - Cosmic Rock

    Eskimo Recordings

    cosmic disco · rock planant · Italie

  3. Pochette de Ferndorf

    Hauschka

    Ferndorf

    130701

    piano préparé · néoclassique · cordes

  4. Pochette de &

    Astrïd

    &

    Arbouse Recordings

    post-rock · ambient · improvisation

  5. Pochette de Supreme Balloon

    Matmos

    Supreme Balloon

    Matador

    synthés · IDM · ludique

  6. Pochette de Black Sea

    Fennesz

    Black Sea

    Touch

    ambient · guitare · drone

  7. Pochette de Jim

    Jamie Lidell

    Jim

    Warp Records

    soul · rétro · solaire

  8. Pochette de 24 Postcards In Full Colour

    Max Richter

    24 Postcards In Full Colour

    130701

    néoclassique · miniatures · mélancolie

  9. Pochette de Blood, Looms & Blooms

    Leila

    Blood, Looms & Blooms

    Warp Records

    électronique · expérimental · art-pop

  10. Pochette de Sunlight To Blue… Blue To Blackness

    The Durutti Column

    Sunlight To Blue… Blue To Blackness

    Kooky

    post-punk · guitare · Manchester

  11. Pochette de Schöne Neue Extrawelt

    Extrawelt

    Schöne Neue Extrawelt

    Cocoon Recordings

    techno · tech-house · psychédélique

  12. Pochette de Home

    Peter Broderick

    Home

    Bella Union

    folk intime · voix · chambre

  13. Pochette de Everything Is Borrowed

    The Streets

    Everything Is Borrowed

    679 Recordings

    rap britannique · chronique · introspectif

  14. Pochette de On prend les mêmes et on recommence

    Various Artists

    On prend les mêmes et on recommence

    Kill The DJ Records

    compilation · techno · électro parisienne

  15. Pochette de Mango

    Sascha Funke

    Mango

    BPitch Control

    techno minimale · mélodique · Berlin

  16. Pochette de Los Angeles

    Flying Lotus

    Los Angeles

    Warp Records

    beat music · hip-hop abstrait · psychédélique

  17. Pochette de Sessions

    Carl Craig / Various Artists

    Sessions

    !K7 Records

    techno de Detroit · remix · deep

  18. Pochette de Yearbook 2

    Studio

    Yearbook 2

    Information

    balearic · dub · post-punk

  19. Pochette de Third

    Portishead

    Third

    Island

    post-trip-hop · krautrock · angoisse

  20. Pochette de Dark Enough

    Remote

    Dark Enough

    Kill The DJ Records

    techno · disco · rugueux

  21. Pochette de Colors Of The Sun

    Hatchback

    Colors Of The Sun

    Lo Recordings

    kosmische · balearic · synthés

  22. Pochette de Disco Not Disco: Post Punk, Electro & Leftfield Disco Classics 1974-1986

    Various Artists

    Disco Not Disco: Post Punk, Electro & Leftfield Disco Classics 1974-1986

    Strut

    post-punk · disco leftfield · no wave

  23. Pochette de Coastlines

    Windsurf

    Coastlines

    Internasjonal

    cosmique · balearic · synthés

  24. Pochette de Lies

    Heartbreak

    Lies

    Lex Records

    italo-disco · electro · synth-pop

  25. Pochette de Sool

    Ellen Allien

    Sool

    BPitch Control

    techno minimale · épuré · Berlin

  26. Pochette de Safe And Sound

    Justus Köhncke

    Safe And Sound

    Kompakt

    pop électronique · house · disco

  27. Pochette de Hercules And Love Affair

    Hercules And Love Affair

    Hercules And Love Affair

    DFA

    disco · house · New York

  28. Pochette de The Hawk Is Howling

    Mogwai

    The Hawk Is Howling

    Wall Of Sound

    post-rock · instrumental · tension

  29. Pochette de Vasco

    Ricardo Villalobos

    Vasco

    Perlon

    minimal · formats longs · hypnotique

  30. Pochette de May Be Later

    Dinky

    May Be Later

    Vakant

    house minimale · voix · deep

  31. Pochette de Music Components

    Rebotini

    Music Components

    Citizen Records

    techno analogique · machines · brut

  32. Pochette de Thing Of The Past

    Vetiver

    Thing Of The Past

    FatCat Records

    folk · soft-rock · reprises

  33. Pochette de Saturdays = Youth

    M83

    Saturdays = Youth

    Mute

    shoegaze · synth-pop · nostalgie

  34. Pochette de Secret Diary

    College

    Secret Diary

    Futur

    synthwave · italo · années 80

  35. Pochette de O Soundtrack My Heart

    Pivot

    O Soundtrack My Heart

    Warp Records

    math rock · krautrock · électronique

  36. Pochette de The Astral Projections Of Starlight

    Woolfy vs Projections

    The Astral Projections Of Starlight

    Permanent Vacation

    space disco · rock planant · balearic

  37. Pochette de Pot Of Gold

    Alice Russell

    Pot Of Gold

    Little Poppet

    soul · funk · nu-jazz

  38. Pochette de Með Suð Í Eyrum Við Spilum Endalaust

    Sigur Rós

    Með Suð Í Eyrum Við Spilum Endalaust

    EMI Records / Krúnk

    post-rock · acoustique · lumineux

  39. Pochette de Where

    John Tejada

    Where

    Palette Recordings

    techno · tech-house · mélodique

  40. Pochette de There’s Me And There’s You

    The Matthew Herbert Big Band

    There’s Me And There’s You

    Accidental

    big band · jazz électronique · politique

10

Lindstrøm

Where You Go I Go Too

Smalltown Supersound

Hans-Peter Lindstrøm prend son temps, et c’est tout le sujet : ce disque ne se raconte pas, il se traverse, comme une longue route de nuit. Where You Go I Go Too étire le space disco jusqu’à la suite symphonique, quelque part entre Giorgio Moroder et Cerrone, sur un battement qui ne s’impatiente jamais. Grand Ideas et The Long Way Home referment la boucle. Le pari divise, mais Pitchfork le classe douzième album de l’année. Mon édition ajoute les versions resserrées par Prins Thomas, son complice habituel.

9

The Accidental

There Were Wolves

Full Time Hobby

Enregistré dans l’appartement londonien de Stephen Cracknell, avec un ordinateur et deux micros, ce premier album réunit quatre songwriters venus d’ailleurs : Cracknell (The Memory Band), Sam Genders (Tunng), Hannah Caughlin (The Bicycle Thieves) et Liam Bailey, avec la harpe de Serafina Steer en renfort. Les voix se relaient, les guitares restent sèches, et un parfum de folk païen des années 70 flotte sur Wolves comme sur The Killing Floor. La presse s’est partagée sur ce disque modeste. C’est justement cette modestie, presque domestique, qui en fait le charme.

8

Morgan Geist

Double Night Time

Environ

Moitié de Metro Area, Morgan Geist n’avait plus signé d’album solo depuis The Driving Memoirs, en 1997. Il revient sur son propre label avec un disque nocturne où Jeremy Greenspan, de Junior Boys, murmure des mélodies néo-romantiques sur une house de haute altitude. Les cordes sont arrangées par Kelley Polar ; Skyblue Pink lorgne vers les bandes originales de Moroder, et Detroit ouvre le bal en beauté. Certains l’ont trouvé trop rétro. Il a surtout la pudeur des disques écoutés seul, tard, en voiture.

7

Fujiya & Miyagi

Lightbulbs

Full Time Hobby

Trois Anglais de Brighton sous un nom de duo japonais, et une mécanique impeccable : basse élastique, batterie métronomique, voix chuchotée de David Best. Lightbulbs est le premier album avec le batteur Lee Adams, et le ton s’y assombrit sans que le groove ralentisse. Knickerbocker ouvre le disque avec ce que Neu! aurait pu écrire pour un club de poche. Le reproche est connu : la formule varie peu. Mais une obsession aussi bien tenue n’a aucune raison de changer.

6

José James

The Dreamer

Brownswood Recordings

Lancé par Gilles Peterson sur Brownswood, José James signe à trente ans à peine un premier album qui parle à la fois le jazz vocal et le hip-hop. Sa voix de baryton, souple et patiente, se pose sur des tempos lents où la section rythmique respire. Park Bench People reprend Freestyle Fellowship, Spirits Up Above rend hommage à Rahsaan Roland Kirk, et le morceau-titre prend tout son temps sans jamais forcer. Un disque de fin de nuit, classique dès sa sortie.

5

Metro Area / Various Artists

Fabric 43

Fabric

Morgan Geist et Darshan Jesrani ont construit leur nom sur un disco de précision ; leur volet de la série Fabric montre d’où il vient. Un mix dense, tout en dubs, instrumentaux et versions longues, où se croisent disco, soul, house et new wave des années 80. Share The Night, en Breakdown Mix, y fait office de pépite, et Freedom Of Choice ferme le rideau. Le mix ne cherche ni le tube ni la démonstration : il fait danser par accumulation, avec une élégance de collectionneurs.

4

Jóhann Jóhannsson

Fordlandia

4AD

En 1928, Henry Ford fonde en pleine Amazonie une ville-plantation censée fournir son caoutchouc ; l’utopie industrielle tourne au désastre. Second volet d’une trilogie ouverte par IBM 1401, A User’s Manual, ce disque en tire une musique d’une grandeur désolée. L’Orchestre philharmonique de Prague et son chœur portent notamment le morceau-titre et How We Left Fordlandia, tandis que les Melodia glissent leurs ondes fragiles entre les masses. L’Islandais, disparu en 2018, n’a jamais écrit plus beau requiem pour le progrès.

3

Minilogue

Animals

Cocoon Recordings

Vingt-six morceaux, plus de deux heures et demie, deux disques intitulés Dance et Ambient : on a beaucoup reproché sa longueur à cet album, et c’est justement elle qui m’a attiré. En 2008, je vivais la tête dans la minimal, et le nom de Cocoon sur une pochette valait pour moi toutes les recommandations. Alors un double album de cette taille, signé des Suédois Sebastian Mullaert et Marcus Henriksson, je n’allais pas passer à côté. Animals est de ces disques qu’on habite plus qu’on ne les écoute, comme un paysage où l’on revient par une entrée différente selon l’heure.

Le premier disque est une longue marche nocturne, légère et joueuse, peuplée d’une drôle de ménagerie : Cow, Crickets And Clay fait meugler la techno, 33 000 Honeybees tire un motif acide d’un chant d’oiseaux, et Jamaica s’étire sans jamais peser. Le second éteint les lumières sans prévenir : un dialogue de vieux film et une guitare acoustique sur Six Arms And One Leg, la pluie sur Even The Wind Seemed In Deep Sleep, des balais et un mélodica au bout des Stations.

Ce que j’y aime par-dessus tout, c’est le vivant que Minilogue fait entrer dans la minimal, avec ses vaches et ses grillons, ses abeilles et ses monstres poilus. Le label ne m’avait pas menti.

2

Sébastien Tellier

Sexuality

Record Makers

Après Politics, la question ne se posait même pas : il fallait écouter la suite. La Ritournelle m’avait trop marqué, un hymne pur, taillé pour regarder le soleil se lever sur Ibiza. Puis la France a découvert Tellier à l’Eurovision, avec Divine et une polémique sur l’anglais, en passant à côté de l’essentiel : cette chanson est une symphonie de poche, et l’album qui l’entoure vaut bien mieux que ce tapage.

Pour la première fois, Tellier confie les commandes à un autre, Guy-Manuel de Homem-Christo, de Daft Punk. Et il faut le reconnaître, la production est superbe. Les robots sont rentrés au garage ; il reste des synthés sensuels, une voix qui murmure, et ce que Tellier appelait lui-même du R&B intellectuel.

Tout y est drague, frontale, un peu gauche, et c’est ce qui la rend irrésistible. Kilometer et Pomme sont des slows essoufflés, Elle emprunte le velours de Marvin Gaye, Fingers Of Steel brille comme du chrome, et Sexual Sportswear se passe presque de mots. Même les gémissements ont quelque chose de mélancolique. Un disque sexy et triste à la fois, que seul un excentrique français pouvait écrire.

1
Pochette de A Land For Renegades

Zombie Zombie

A Land For Renegades

Versatile Records

Un album qui commence par une route. Driving This Road Until Death Sets You Free pose d’emblée un battement qui ne lâchera plus rien : on roule, il fait nuit, et quelque chose suit la voiture. En 2008, alors que l’électronique française se rêve en stade sous néons, Étienne Jaumet et Cosmic Neman font l’exact contraire : un disque de peur, joué à deux, sur des machines d’un autre âge.

J’ai toujours eu un faible pour les sons qui sortent des clous. À l’époque, tout y passait : prog rock obscur, kosmische et krautrock allemands, new wave, à peu près ce qui me tombait sous la main. A Land For Renegades réunissait tout ça en un seul disque, comme s’il avait fouillé dans mes étagères.

Les deux se seraient trouvés à une rétrospective Dario Argento, et tout est là. Jaumet, venu du jazz, règne sur ses synthés vintage et son thérémine ; Neman, batteur de Herman Düne, cogne pour de vrai. C’est ce qui change tout. Là où tant de disques de synthés confient le rythme à une boîte, ce motorik-là est joué à la main, et il fait transpirer autant qu’il fait peur.

Pensé comme la bande originale d’un film qui n’existe pas, A Land For Renegades raconte une fuite à travers le désert, une ville fantôme, des hallucinations. On y croit à chaque plan : la transe du morceau-titre, la voix d’outre-tombe de What’s Happening In The City, et surtout ce Nightclubbing d’Iggy Pop, repris comme si Donna Summer et Suicide avaient fini la nuit ensemble dans un sous-sol hanté. C’est le sommet du disque, et l’une des plus belles reprises de l’année.

Quelques années plus tard, le synthé d’horreur deviendra une mode. Ce disque-là n’en savait rien : il a été fait par deux musiciens qui aimaient ces films, à une époque où personne ne le leur demandait. C’est pour ça qu’il n’a pas pris une ride. Parmi les cinquante albums de cette année, c’est celui qui roule le plus vite, le plus loin, sans jamais regarder derrière.